Le concept

 

Je travaille à partir de choses que l'on voudrait oublier.

Des papiers administratifs, des courriers, des documents qui arrivent sans prévenir et qui parfois écrasent. Des moments où tout bascule, où l'on se sent réduit à un numéro, à une ligne dans un dossier. Je prends cette matière-là, brute, parfois violente, et je la regarde en face.

Et à partir de là, je transforme.

Je viens de la terre, je suis paysanne. J'ai grandi avec cette idée simple que même dans ce qui semble mort ou abîmé, il y a toujours quelque chose qui peut repousser. Alors dans mon travail, je fais la même chose.

Je prends ce fumier, cette violence, cette absurdité… et j'y fais pousser des fleurs.

Pour ne pas me laisser avaler par cette noirceur. Pour prouver qu'on peut encore créer quelque chose de vivant à partir de ce qui nous abîme. 

"Comme la nature, je fais pousser des fleurs là où personne ne les attend."

La Matiere

Je peins sur des papiers qui ont déjà vécu quelque chose.

Des documents administratifs, des courriers, des traces de vies. Des choses qui ont été ouvertes avec appréhension, parfois avec peur, parfois avec colère. Ces papiers portent déjà une histoire, une tension.

Et je laisse cette mémoire apparaître. Je ne la recouvre pas complètement. Il y a toujours des mots, des fragments, des traces qui restent visibles.

Parce que ce qui a été vécu ne disparaît pas.

La Transformation

Les documents me sont confiés, ou viennent de ce que j'ai moi-même traversé. Je les garde, je les manipule, je les assemble. Parfois je les superpose, parfois je les laisse presque intacts. Il n'y a pas de règle fixe, c'est très instinctif.

La Peinture

Puis je peins. J'ajoute de la matière, des fleurs, des formes. Il y a quelque chose qui pousse, qui apparaît petit à petit. Ce n'est pas un geste de recouvrement — c'est un geste de transformation, je dirai même de sublimation ! Je cherche à transformer le plomb en or...

Le Carde

Chaque œuvre est encadrée dans du bois, fabriqué à la main par mon mari.

Ce détail compte énormément pour moi. Parce que ça ramène tout à quelque chose de simple, de tangible. Le bois, c'est la matière, c'est le vivant, c'est la terre.

Et puis il y a ce geste à deux. Moi je transforme ce qui a été vécu. Lui vient donner une structure, une présence.

Le cadre ne vient pas « finir » l'œuvre. Il en fait partie. Et l'or qui subsiste sur le cadre en bois, nous rappelle que tout peut devenir de l'or, même la pire des horreurs.